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Se nourrir, à quel prix, 1ère partie

Bonjour à vous les babelicocos et cocottes !

alors il y a 15 jours, nous étions présents sur le forum « Se nourrir, à quel prix ? », organisé à Brest par Eaux et Rivières de Bretagne (on va l’appeler ERB sinon ça va devenir pénible dans l’article), à l’UBO de Brest.

Vous trouverez en fin d’article un lien1 vers leur site internet avec une présentation détaillée du programme, le compte-rendu devrait arriver bientôt.Pour ceux qui ne connaissent pas ERB, il s’agit d’une association indépendante qui réunit des

Campagne d’affichage de France Nature Environnement qui fit scandale – 2011

citoyens et des experts et dont les objectifs sont entre autres d’alerter et sensibiliser quant à la qualité des eaux en Bretagne. Et oui, je suis à peu près certain que vous associez aussi facilement Bretagne avec galette qu’avec algues vertes (tiens on a peut-être pas encore essayé la galettes aux algues vertes?).

 

Alors il s’est passé quoi dans ce forum hein ? Et bien franchement, vous auriez dû venir, c’était génial.

 

 

Pour ma part, je faisais le grand écart sociologique sur la semaine. Deux jours avant, je présentais Babelicot à la Brest Business School (ouais ben l’école de commerce du coin quoi) ou avait lieu une petite sauterie avec présentation des vœux, mise en avant des entreprises locales et blablabla. Autant vous dire, à mon grand regret, que les invités était plus portés sur la dernière montre connectée qui vous prépare le café que sur l’artisanat bio et militant pour le zéro déchet. Bref, j’étais bien préparé et, même si c’est réellement une de nos missions que de sensibiliser aussi des publics à priori loin de nos considérations, j’avoue que les défilés de costards et talons qui te prennent de haut, je ne m’y ferai jamais, mais j’y travaille promis. Bien heureusement, le forum du samedi à largement rétabli l’équilibre (il avait aussi son lot de barbus écolos en tong chaussettes, ici pas de chichis, venez comme vous êtes;), par contre on sent bien les neurones qui bouillonnent pour réfléchir à ce qui nous entoure et participer à la construction de demain (et sans forcément se dire qu’il y a de l’argent à en tirer, mais on pourra reparler de croissance verte plus en détails), on n’est pas là pour manger des petits fours !

Un modèle breton productiviste à faible valeur ajoutée

Alors en matinée, il a été question du modèle agricole breton, qui, comme vous le savez, n’est pas le plus vertueux de l’univers. Un modèle plutôt productiviste et à faible valeur ajoutée. Concrètement le producteur, agriculteur ou industriel ne gagne que très peu sur une unité de quoi que ce soit produite ( notamment vrai pour du cochon, du poulet, du lait…). Donc pour gagner des sous, il faut produire plein plein plein. Un modèle des années 70 qui a vécu me direz-vous ? Oui, à priori mais il s’accroche dit donc. Et plus l’ouverture des marchés se fait sentir, plus joue la concurrence avec les autres pays. Et oui, le travers de ce modèle, c’est qu’il ne produit pas de biens différenciants. Le porc breton, ça reste un produit bas de gamme quoi qu’on en dise, pas bien différent du porc espagnol ou canadien (sauf qu’il ne prononce pas « ben mon cochon » de la même façon). J’entends déjà les sirènes des syndicats porcins hurler dans mes oreilles, et je mets des boules de cire.

Heureusement pour moi, comme on fait du légume chez Babelicot donc ils ne nous lisent pas, on n’existe pas vraiment. Au final, si l’on ne produit pas quelque chose de mieux qu’ailleurs, et vu que le coût du travail en France est plus élevé, pas facile de vivre correctement de sa production, sauf en industrialisant encore davantage et cela soulève de menus problèmes environnementaux et sociaux. Attention, loin de moi l’idée de faire en sorte que les entreprises paient moins de charges salariales. Non l’idée serait plutôt d’encourager les productions à forte valeur ajoutée (et par la même faible impact environnemental mais nous y reviendrons plus loin).

Après avoir discuté autour de ce modèle, il a bien fallu en étudier les conséquences directes sur le milieu environnant. Une des interventions traitait des niveaux de rejet d’azote dans les cours d’eau et donc dans nos océans.

Pour la faire courte,

– l’azote est un des composants essentiels de la constitution du vivant. Que tu soit un viking, une pâquerette en fleur, un épi de blé ou un vieux chêne tricentenaire, si t’as pas d’azote, tu deviens tout rabougri et tu meurs dans l’isolement le plus total.

– en chimie, l’azote c’est N (du latin nitrogenium)

– et là tu te dis mais oui : azote = nitrogenium = nitrate ….c’est donc ça ! Oui, presque, c’est quand même un peu plus compliqué mais comme nous procédons à un choc de simplification, c’est ça.

Alors l’azote on le trouve où ?

Le cycle de l’azote

D’abord, dans le caca (et alors beaucoup dans le caca de cochonnet). Et puis on peut aussi en fabriquer en mode cristal meth, en plus c’est pas très cher, et vous vous doutez bien que ça fleure bon l’agrobusiness.

Donc l’azote, en tant qu’agriculteur on s’en sert. Pour donner aux animaux, pour donner aux plantes, bref pour tout ce qui pousse. Le problème, c’est qu’on a eu tendance (et c’est pas fini du tout) à avoir la main un peu lourde, du style ah zut, j’ai mis 12 sucres dans ton café.

Exercice :

JP a bu 75 demis de 25cl.

Sachant qu’il était saoûl au bout du 14 ème (quand même) et qu’il a vomi le reste sur les chaussures du voisin :

1. Combien de demi ont été rejetés dans la nature ?

2. A 3,5€ le demi, combien a-t-il perdu de pognon ?

3. A tout éructer comme ça, n’a-t-il pas un peu gâché la soirée des ses voisins ?

4. Et enfin, va-t-il en prendre bonne note et s’abstenir la prochaine fois en s’arrêtant à 14 ?

(Réponses en tout petit et à l’envers dans le prochain numéro)

Bon, je vous avais dit que c’était trivial mais on peut faire la même avec l’agriculture, il suffit de remplacer bière par azote, c’est triste non  ?

A partir d’un certain seuil, l’azote apporté aux cultures et animaux est excédentaire. Et alors dès qu’il pleut (à ben tiens ça tombe bien c’est le cas vers chez nous), l’azote se fait la malle, c’est ce qu’on appelle communément le lessivage des sols, d’autant plus accentué lorsque la terre est à nu pendant l’hiver. Maintenant en balade, vous ne verrez plus les champs de la même manière ! Pour les animaux, si l’azote est excédentaire dans la nourriture, on le retrouve dans le caca ! Et le caca, on en fait quoi ? Ben on l’épand dans les champs pardi ! Ah oui zut c’est le serpent qui se mord la queue.

Donc notre azote se fait la malle dans les cours d’eau et super, l’eau est maintenant polluée, plei

La formation des algues vertes

ne de nitrates, il va falloir la traiter pour la boire.

 

Heureusement,ça fait des heureuses. Les algues, l’azote, elles adorent, c’est un vrai festin, et elles prolifèrent (elles aiment bien le phosphore aussi les algues, même principe). Ah et puis vous vous doutez bien que pendant qu’on y est, au moment des pluies, vont être lessivés les produits phytos mis sur les plantes, trop kawaï !

Ceci nous amène donc sur les interventions qui ont eu lieu en deuxième partie du forum.

Pollution de l’eau en Bretagne, un quart des agriculteurs ne veut pas transmettre ses données.

La première intervention concernait ces fameux rejets d’azote. Force est de constater que les rejets bretons, si on les compare aux rejets mondiaux, sont très, très au-dessus, et je ne vous le fait pas dire, c’est maaaaaaal.

Une des particularité de la Bretagne, nous avons de nombreux bassins versants et c’est eux qui sont scruté à la lo

Principe du bassin versant

 

upe. Un bassin versant, c’est une zone géographique ou se déverse l’eau environnante, en gros, une dépression topographique, une assiette creuse à trous qui se déverse dans les nappes phréatiques et donc les cours d’eau et la mer. Mais comment y remédier mon bon monsieur ?

 

Tout d’abord, vous avez sans doute entendu parler du « plan algues vertes », qui n’a rien en commun avec une technique de drague en soirée. Alors, selon ceux qui en sont à l’origine, il s’agissait d’un grand plan régional destiné à limiter, voire stopper toute prolifération des algues sur nos côtes bretonnes. Dit comme ça, ça en jette ! Bon, dans les faits, en comparant les rejets avant et après le plan, les changements sont…inexistants. Ah oui quand même ! Tiens donc, un effet d’annonce le plan ? Ben oui, pourtant en matière de législation environnementale on ne nous a pas habitué à ça. Donc le plan est inefficace et le coût du ramassage des algues explose, plusieurs millions d’euros chaque année, ça commence à piquer un peu le portefeuille, et puis on ne peut pas dire que la fréquentation des plages ait été boostée (d’ailleurs étrange qu’un grand groupe ne nous ait pas encore inventé un truc du style super séjour minceur garanti à base de bains et cataplasmes d’algues, la croissance verte du futur à portée de main).

Les agriculteurs sont bien sûr partie prenante de ce plan. A ce titre, ils peuvent effectuer des relevés sur leurs parcelles de manière à mettre en place des mesures spécifiques, au cas par cas, en accompagnements avec des techniciens de bassins versants. Là on se dit qu’on tiens le bon bout. Il apparaît que 75 % des professionnels font part de leurs résultats. C’est bien, merci à eux. Mais qu’en est-il des 25 % restants ? Un quart des agriculteurs ne souhaitent pas qu’on mette le nez dans leurs pratiques, serait-ce parce qu’ils sont de toute façon irréprochables, il est permis d’en douter ?

Pour la suite, nous traiterons des rejets de produits phytosanitaires et les effets cocktails. Pour info, l’effet cocktail n’a rien à voir avec ce que Tom Cruise induit dans ton corps en maniant un shaker. A bientôt pour la suite, et sachez que vos commentaires sont toujours les bienvenus !

 

Liens et bibliographie:

1: http://www.eau-et-rivieres.org/forum-regional-se-nourrir-quels-prix